C’est une hécatombe annoncée: 21% des espèces végétales sont menacés d’extinction. Des pertes qui pourraient priver l’humanité de grande richesses, les plantes étant une source de nourriture, de molécules thérapeutiques, de matériaux textiles et autres, et mettre en danger les écosystèmes …

Pour les préserver ont été créées les banques de graines.

Avec les banques de graines et semences, l’avenir assuré

Les banques de graines sont des lieux protégés ou l’on conserve des graines de plantes sauvages ou cultivées.

Existant dans de nombreux pays, elles regroupent des millions d’échantillons d’espèces, sous-espèces ou variétés cultivées et sauvages. Selon les cas, les peuvent ou non travailler avec des conservatoires botaniques ou des vergers conservatoires, nationaux ou privés.

Certaines associations et ONG font un travail complémentaire de promotion et de conservation, ou de gestion conservatoire de semences paysannes (ou semences fermières).

Ces banques se répartissent selon trois types:

  • les banques de graines, qui sont des lieux protégés ou l’on maintient ex situ et souvent en congélation des graines de plantes sauvages. Leur longévité varie beaucoup selon l’espèce et le contexte pédologique. Certaines graines survivent plusieurs siècles, alors que d’autres germent avant même de tomber au sol, ou doivent germer et s’enraciner très rapidement pour survivre.

Cette survie dépend de nombreux facteurs. Quelques espèce sont des graines qui survivent facilement plus de 100 ans, comme par exemple le lotus (Nelumbo nucifera) dont des graines, retrouvées enterrées dans le sol d’un étang depuis un temps estimé par la datation au carbone 14 à 1 040 ans, ont pu germer.

  • les banques de semences, où l’on conserve dans les mêmes conditions des graines de plantes cultivées.
  • les banques de graines du sol, qui sont des réserves naturelles de graines capables de germer à différentes profondeur du sol.

Ce terme de « banque de graines » est parfois employé abusivement pour désigner les grainothèques, qui ne sont pas des lieux de stockage, mais de dépôt, de partage et de libre échange de graines, le plus souvent installées dans un espace public, bibliothèque municipale ou autre.

Les différentes catégories de banques de graines

Il en existe de plusieurs sortes :

  • des banques privées,
  • des banques publiques, comme par exemple celles du CGIAR (Consultative Group on International Agricultural Research, ou Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale), dont les Banques de Germplasm, subventionnées par la Banque mondiale, la FAO…, associent le CIMMYT, au Mexique, pour le maïs et le blé, l’IRRI aux Philippines pour le riz, l’ICARDA en Syrie…
  • des banques dédiées d’organismes publics particuliers, comme l’Office national des forêts (ONF) en France, ou universitaires, comme celle d’Akira Miyawaki au Japon, qui ne conservent que des semences d’arbres pour la sylviculture, l’agro-foresterie ou la restauration de forêts diversifiées.

Les banques de graines du sol

Beaucoup moins connues que les banques de graines ex situ, dont la plus célèbre est celle du Svalbard, en Norvège celles que l’on nomme aussi «crypto-banques de graines » sont constituées par les stocks in situ de graines dormantes qui se forment naturellement dans tous les habitats pourvus d’un sol et d’une couverture végétale Leur nombre ne semble d’ailleurs pas dépendre de la latitude, mais plutôt
du type de sol. C’est paradoxalement dans les milieux très perturbés que les espèces de graines du sol et celles qui s’expriment en surface sont les plus similaires.

L’histoire de l’étude des banques de graines du sol semble avoir commencé en 1859, quand Charles Darwin a observé l’émergence de jeunes plants dans des sédiments extraits du fond d’un lac. Le premier article scientifique sur le sujet date de 1882 et porte sur l’apparition de graines d’échantillons
de sol prélevés à différentes profondeurs. Depuis, tous les milieux ont fait l’objet d’études de banques de graines du sol.

Qu’elles soient naturelles ou semi artificielles, ces banques de semences jouent un rôle majeur dans l’entretien et l’évolution de la biodiversité dans les écosystèmes et habitats naturels.

Elles expliquent la résilience exceptionnelle de certains écosystèmes (face aux incendies par exemple, comme en Australie en 2020-21). La régénération forestière ou celle des zones humides ou exondées est essentiellement permise par ce moyen. L’absence ou l’inhibition d’une banque de graines du sol
empêche la réapparition rapide de la végétation lors du phénomène de succession écologique, alors que la présence d’une banque de graines du sol bien garnie permet le développement rapide d’écosystèmes riches en espèces.

On nomme « storage effect» (effet stockage) l’augmentation de la richesse des espèces dans une communauté végétale induite par la richesse d’une banque de graines du sol.

Mais la régression des pollinisateurs (abeilles, papillons) et la pression du pâturage, qui peut faire passer en 8 ans le nombre de graines au m² de 3 500 à 15, ou bien la présence d’animaux granivores, s’ils n’enfouissent pas de réserves, ne permettant pas à certaines plantes de produire leurs
fleurs, peuvent priver le sol d’un renouvellement de l’apport en graines.

A ces facteurs s’ajoute l’utilisation de désherbants. Par ailleurs, toutes les plantes ne produisent pas de graines, c’est pourquoi on utilise aussi l’expression « banque de diaspores » pour les plantes autres que les plantes à fleurs, comme les mousses et les fougères.

La crypto-potentialité de ces sols, qui contiennent aussi des bactéries sporulées, des virus pouvant se réactiver, des spores diverses, etc., est un des éléments à prendre en compte dans les études d’éco-potentialité.

Par la régénération naturelle des peuplements végétaux ou la réapparition de certaines espèces en apparence disparues sur des durées plus ou moins longues, les banques de graines du sol revêtent une importance considérable pour la résilience écologique.

Les 12 plus grandes banques de graines de la planète

Depuis la création à la fin du XIXe siècle de celle de Saint-Pétersbourg, en Russie, quelque 1 700 banques de graines ont vu le jour à travers le monde, dont voici les 12 plus importantes par
ordre chronologique :

Saint-Pétersbourg :
325 000 échantillons

L’Institut Vavilov, la plus ancienne des banques de graines a été mise en place en 1894.
Gatersleben, Allemagne :
150 000 échantillons

L’institut qui héberge cette banque depuis 1943 est l’un des spécialistes mondiaux de la génétique des plantes.
Fort Collins, Colorado :
620 000 échantillons

Cette « banque centrale » fondée en 1958 aux Etats-Unis détient des doubles des graines contenues dans les banques de graines américaines.
Baños, Philippines :
130 000 échantillons

Créé en 1960, l’Institut international de recherche sur le riz possède des bureaux dans 17 pays.
Texcoco, Mexique :
170 000 échantillons

Comme son nom l’indique, El Centro internacional de mejoramiento de maíz y trigo (Centre international d’amélioration du maïs et du blé), créé en 1963, est dédié uniquement aux variétés de ces deux céréales.
Patancheru, Inde :
125 000 échantillons

Depuis 1972, l’Institut international de recherche pour les zones tropicales semi-arides lutte contre la pauvreté et la malnutrition par l’amélioration de l’agriculture.
New Delhi :
400 000 échantillons

Cette banque de graines nationale indienne datant de 1976 abrite surtout des variétés locales.
Alep, Syrie :
155 000 échantillons

En raison du conflit, les échantillons du Centre international pour la recherche agricole en zones arides créé en 1977 ont progressivement été transférés au Maroc et au Liban.

Tsukuba, Japon :
225 000 échantillons

Créée en 1985, cette banque japonaise renferme des graines très diverses : céréales, légumes, fruits, mais aussi arbres et fleurs d’ornement.
Pékin :
400 000 échantillons

Créée en 1986, cette banque nationale conserve 180 espèces de plantes cultivées et leurs plus proches parentes sauvages.
Jeonju, Corée du Sud :
200 000 échantillons

Créée en 2004, cette banque se concentre principalement sur les céréales.
Svalbard :
980 000 échantillons

Créée en 2008 en Norvège, cette banque de l’Arctique est surnommée « l’arche de Noé végétale ».
Aces 12 banques, prévalant par l’importance du nombre de leurs échantillons (entre 125 000 et 980 000), on peut rajouter la Banque de semences du Millénaire (MSBP), à Londres.
Londres, Royaume-Uni :
Banque de semences du Millénaire

Issue d’un partenariat international initié en 1995 visant, dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, à rassembler et stocker les semences de 24 000 espèces avant 2010 (espèces végétales domestiquées, en danger, endémiques et utiles), elle a été soutenue par un financement de la Commission du Millénaire de la Loterie du Royaume-Uni aux Jardins botaniques royaux de Kew, qui y avaient créé une banque de semences dans les années 1960.

Déplacée en 1974 sur la Wakehurst Place, au Wellcome Trust Millennium Building (WTMB), elle abrite sur 5 000 m² une banque de semences, des laboratoires et des lieux de travail pour les experts et pour l’information du public. Des échantillons y sont stockés en double au Royaume-Uni, mais des banques font le même travail localement, dans les pays d’origine, et la formation ainsi que la recherche sont partagées.

Brigitte Sarrazin
Sources: Wikipédia et Geo

BIOPHILIA MAGAZINE N°1 février-mars 2023

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